Fin du voyage

Voilà, mon voyage s’est terminé il y a quelques semaines et je n’ai malheureusement pas pu rajouter les deux derniers articles. Merci de m’avoir suivi, en espérant avoir donné des idées des voyages à certains d’entre vous !

Aurélien

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Au milieu de l’Empire du milieu

Bah vas-y, fait pas la tronche !

25 août

Lanzhou se passe de description, comme beaucoup de villes chinoises secondaires, celle-ci se couvre d’une multitude d’immeubles gris qui semblent avoir toujours été là, perdus dans leur smog grisâtre, et qui n’ont rien de très attrayant. La majorité du centre historique n’existe plus et s’est transformé en un milieu d’affaire devenu vitrine de l’occidentalisation. Apple, KFC, Nike, Cartier… Ils sont tous présents, regroupés dans une zone dynamique et peuplée d’où toute sortie mène à des quartiers tout de suite moins agréables. Cependant, la province du Gansu dont elle est la capitale recèle bien des trésors et une culture bouddhique résistante.

Le PC chinois fête ses 90 ans : joyeux anniversaire !

Pour m’aider à planifier tout ça, mon couchsurfer m’a été d’une aide précieuse. Le couchsurfing, c’est simple, c’est une communauté de voyageurs sur internet qui permet de rentrer en contact avec des membres du monde entier et d’ainsi demander s’ils ont une place chez eux pour la nuit. Il n’y a pas d’auberge à Lanzhou, et la seule idée de me retrouver seul et paumé dans une chambre de pseudohôtel comme celui de ma première nuit n’étant pas très séduisante, j’ai donc écrit un message à Jia, jeune chinois de 23 ans, pour lui demander s’il pouvait m’accueillir.

Jia

Jia habite chez ses parents dans un petit appartement de banlieue (population nombreuse et enfant unique obligent), dont nos hlm n’auraient pas à rougir, mais c’est très gentiment qu’ils m’ont aménagé une des pièces avec un clic-clac deux places. Bon, il faut l’avouer, je vois clairement que ces mêmes parents ne sont pas vraiment rompus à l’accueil de voyageurs et restent très pudiques et avares en terme de communication. Les bouleversements et l’ouverture de la Chine sur le monde ne sont pas un problème pour leur fils, mais leur génération est clairement mal à l’aise quant à toutes ces nouveautés débarquées en quelques décennies. Jia m’explique d’ailleurs que je leur fais un peu peur. Est-ce parce qu’il est normalement interdit d’accueillir un étranger ou à cause de ma tête de défoncé à rendre jaloux le dealer de Curt Cobain ? Toujours utile que je m’applique donc à être le moins dérangeant possible.

Jia est quelqu’un d’intelligent et de plutôt ouvert qui lit des journaux étrangers sur internet et aimerait voyager. Très vite je l’emmène sur la politique et bonne surprise : contrairement aux Centrasiatiques, ça ne le dérange absolument pas d’en parler. Seulement, comme je le craignais, il se trouve être comme certains de ses compatriotes avec qui j’avais rapidement abordé le sujet, c’est-à-dire un constipé de l’opinion personnel et de l’esprit critique. C’est mon avis, mais je suis persuadé que le lavage de cerveau aux relents ultrapatriotiques pratiqué dans l’éducation chinoise dès la plus tendre enfance n’y est pas pour rien… Alors quand je lui parle du Xinjiang et du Tibet et que celui-ci me répond le plus naturellement du monde qu’Ouïghours et Tibétains se sentent chinois avant tout, je me dis qu’on n’est pas sorti de l’auberge.

Et je répète que celui-ci est loin d’être bête et serait même plutôt du genre bien-pensant. Mais pour lui les faits sont là : les émeutes seraient le fruit de quelques comploteurs taïwanais et hongkongais (les salauds), qui fomenteraient des rébellions par peur de la rétrocession. Ça va chercher loin tout de même. Alors, pourquoi ne pas croire cette version après tout ? Tout simplement parce que mon tour au Xinjiang m’a montré l’énorme fossé entre la culture chinoise et ouïghoure, et qu’il en a été de même de ma visite de village tibétain (ne soyez pas pressés, ça arrive !), et que nulle communauté ne peut supporter les affronts de la colonisation que l’on constate sur place. Mais le meilleur contre-argument à ces théories de la machination est cette pensée unique qui ferme de fait toutes possibilités de réflexion et formate des esprits pourtant capables.

Pressé de respirer un air différent de celui d’un PMU un soir de course, je fais donc une première excursion en speed-boat sur le fleuve jaune (qui est vraiment jaune !) sur le site de Bingling Si. Un magnifique ensemble de pics où s’accroche la verdure de sporadiques temples agrémentés de centaine de statues de Bouddha.

Je vous l'avez dis : le Fleuve Jaune est...jaune !

Mais parlons de ce qui m’a le plus marqué. Deux jours plus tard me voilà arrivé à Xiahe, un haut lieu bouddhique rempli d’un taux exceptionnel de…50% de Tibétains (sisi c’est incroyable) ! En tout cas je ne m’attendais pas à voir ça ici, mais ça serait oublier que le Tibet administratif est beaucoup plus limité que le Tibet géographique.

Les parties d'échec orientales déchainent les passions

Toujours utile que je suis instantanément sous le charme de cette bourgade d’altitudes entourées de montagnes verdoyantes et d’une architecture tibétaine intacte. Une très grande superficie du village est de fait constituée d’édifices religieux, dominés par le célèbre monastère de Langran. Ce lieu respire la sérénité et la spiritualité et les magnifiques paysages dans lesquels ils baignent vous happent dans un silence apaisant. Les milliers de moines vêtus de rouges qui s’y promènent n’y sont pas pour rien. Leur accessibilité est inespérée et ils vous regardent le sourire aux coins des lèvres, avec un air heureux de « si tu savais ! ». J’avoue qu’avant que la réalité ne me rattrape, je m’y serais bien vu y élever des yaks.

Et c'est eux qui réclament la photo !

La paisible Xiahe

Piqure de rappel en ce qui concerne le Bouddhisme. Il faut le dire, il est très compliqué de résumer et définir celui-ci, à cheval entre religion et spiritualité. Je vais donc me contenter du Bouddhisme tibétain. Le Bouddha qui en est le personnage principal, a bel et bien existé et a valeur de sage suprême, le déisme n’existant pas. La pratique du Bouddhisme tient en un respect de commandements chargés d’atteindre une paix intérieure en évitant toutes tentations et désirs. Ces derniers étant éphémères, ils provoquent à terme la souffrance de l’esprit. Il faut ainsi apprendre tout au long de ses vies réincarnées à atteindre l’éveil, seul moyen d’accéder au Nirvana (la béatitude) et de quitter son enveloppe charnelle définitivement. Chez les Tibétains, le Dalaï-Lama représente une émanation du bodhisattva (sorte de saint) de la compassion, réincarné pour guider les hommes.

Moine en pleine circumanbulation

Chacun de ceux ayant existés étant la réincarnation du précédent, il faut tout une enquête aux moines les plus éclairés pour rechercher, une fois le Dalaï-Lama décédé, l’enfant qui se trouve être sa nouvelle enveloppe. Il faut parfois des années de pérégrinations à travers villes et villages pour trouver celui qui répond aux multiples « tests ». Il en va de même pour le panchen-lama, deuxième spirituel le plus important. A la mort de l’un d’entre eux, l’enfant élu pour le remplacer doit alors être reconnu par celui encore en vie. Bon c’est assez complexe, mais là où il y a problème, c’est que le Dalaï-Lama est en exil, et le panchen-lama dans une prison chinoise. En effet, sitôt reconnu comme nouveau panchen-lama après la mort  de son prédécesseur en 1989, le petit tibétain désigné s’est vu enfermé au secret dans une prison chinoise, ses parents étant porté disparus. Le plus jeune prisonnier politique au monde. Ainsi les deux instances n’ont elle toujours pas pu se reconnaitre mutuellement, chose grave. Pékin ce faisant, a de fait empêché l’union tibétaine. Le panchen-lama est toujours sous les verrous des geôles chinoises et refuse de faire déflection. Voilà de quoi mieux comprendre la situation.

Jeune apprenti bouddhiste

Mon auberge a la particularité d’être gérée par des moines, et c’est dans un décor de pierre, de toiles tendues et de teintes vives qu’on se surprend à prendre son temps près du poêle à bois en compagnie de tous les hôtes. Pour la première fois de mon voyage, je dois enfiler ma polaire; et pour la première fois de mon voyage, je vois la pluie. Les orages dantesques des soirées incitent à encore plus à goûter à l’atmosphère paisible, presque recueillie, un thé à la main d’où émanent toutes les saveurs des fleurs de jasmins qui y sont immergées. Le spectacle qui se déroule par la fenêtre est monumental : les lignes de crêtes s’éclairent majestueusement à intervalle régulier sous les coups répétés de la foudre, avant que ne parvienne un grondement de fin du monde dont le résonnement dans la vallée sublime immédiatement l’aspect solennel.

On se croirait en plein Tibet

Je suis tellement bien sous ma grosse couette, que j’ai bien du mal à me lever le lendemain. Il fait froid et dehors le soleil commence à peine à réchauffer de ses calories les montagnes humides. Le jour chasse timidement l’obscurité : il est 6h, la foule des pèlerins se rend sur le Kora, chemin long de plusieurs kilomètres sur lequel s’alignent presque deux milles moulins à prières, espèces d’imposants cylindres peints qu’il faut faire tourner un par un pour respecter le rite. En bref, un moment à ne pas manquer. Moines et aspirants habillés de pourpre se joignent bientôt à la population du village aux vêtements traditionnels souvent dépareillés.

Pèlerin en procession tournant un moulin à prière

La fatigue de l’âge qui se lit sur certains visages froissés par le temps ne saurait empêcher vieilles et vieillards de pratiquer ce chemin quotidien. Les hommes se content de faire tourner les moulins couinants là où plusieurs femmes s’allongent à plat ventre, parfois à même la boue, environ tous les dix mètres. Dans tous cas, les physiques sont mis à rude épreuve : il faut gravir des roches, se faire aux engourdissements des vêtements trempés pour certains, et se relever lors de chutes régulières pour d’autres. Mais personne n’abandonne, et chacun poursuit à son rythme ce chemin de croix quotidien dans un silence incroyable.

Pour une fois que la fumée n'est pas de la pollution, les pèlerins brûlent des offrandes à base d'herbe et aspergent le foyer de lait de yak

Par sa taille humaine, le village s’est montré vraiment très reposant, difficile de croire que les émeutes de Lhassa de 2008 aient trouvé un écho jusqu’ici, et pourtant… J’ai rencontré un moine anglophone qui me dit qu’il y aurait encore actuellement une poignée de ses coreligionnaires dans les cellules chinoises, principalement pour avoir envoyé vidéos et photos aux grands quotidiens de ce monde. Depuis cette période, les moines doivent subir par groupe des sessions de « rééducation » afin de leur enseigner les bienfaits du régime communiste et la fierté d’en être un des éléments.

Les monastères, qui se font aussi école, ne sont bien entendu pas dupes et tentent de faire passer leur propre message, notamment auprès des plus jeunes soumis au programme scolaire de Pékin dans les établissements officiels. La pire crainte serait leur acculturation et leur assimilation à l’ethnie des Hans, c’est dire si l’on tente de protéger les valeurs tibétaines ici. Et cette bataille commence au niveau de la langue, lien le plus important de la communauté. Celle-ci étant le meilleur moyen d’éviter le mélange aux Hans envoyé par le gouvernement travailler ici contre de bons salaires. Comme dirait l’autre, les colons, c’est vraiment la merde.

J’ai d’ailleurs eu énormément de chance car le village était fermé jusqu’à la veille de mon arrivée pour cause de contestation. Peu de touristes donc, mais j’ai tout de même pu rencontrer trois jeunes américain(e)s tombés amoureux de l’endroit et se partageant un appartement, tout en donnant des cours d’anglais depuis quelques mois. On a pu passer une soirée très sympa en compagnie d’un de leur ami moine proche du Dalaï-Lama. Il a passé clandestinement la frontière vers l’Inde dans sa jeunesse et a servi dix ans à Dharamsala, fief du gouvernement tibétain en exil.

Au restau avec le pote du Dalaï Lama

Ce fut l’occasion de goûter quelques plats du Gansu, et je peux dire que si la bonne bouffe m’avait manquée, je n’ai absolument rien à redire sur la Chine à ce niveau-là !

C’est incroyable ce que l’on peut bien manger pour trois fois rien, alors forcément j’en profite… Et pour ce soir c’est épicé : le principe est de prendre plusieurs plats différents (bœuf aux épices, un bol complet de piments verts à la poêle…) où tout le monde pique avec ses baguettes en complétant dans son bol de riz, C’était la soirée parfaite pour un départ, cet endroit me manquera sans aucun doutes, certainement l’un de mes préférés.

 

2 septembre

Ça n’est pas en grande forme que je suis arrivé le surlendemain à Xi’an, ancienne capitale de l’Empire dans le Shaanxi, berceau de la Chine. Et c’est là, au bout de trois mois rapidement consumés, que s’arrête ma route de la soie historique. D’ici partirent étoffes et papier, ici arrivèrent tapis et épices. La fin d’une traversée de plusieurs années pour les transitaires épuisés, acteurs de ce carrefour de cultures, de religions et de civilisations.

Pour la première fois, j’ai enfin cessé de bouger partout, je suis pas mal resté en ville et à l’auberge. Et je peux dire que ça fait vraiment du bien de ralentir un coup ! Xi’an est ma première « grande ville » de Chine. À l’échelle du pays bien sûr ! J’entends par là que ça n’est pas un de ces villages ridicules de moins de deux millions d’habitants…. Une enceinte de 12 mètres de hauteur ceint le centre, rempli comme jamais de grands noms de la mode, de la restauration ou du high-tech.

Xi'an et ses monuments en plein rond-points...

Pour ce qui est des visites j’avoue rester un peu sur ma faim. Les quelques monuments historiques sont complètement isolés et un seul pâté de maisons, le quartier musulman, réussit le tour de force d’en réunir plusieurs à la suite. Pour le reste, ce sera une poignée de magnifiques monuments historiques perdus au milieu d’un rond-point ou chaperonnés par les vraies fausses pagodes de béton de plusieurs dizaines de mètres de haut, destinées à accueillir les millions de touristes chinois qui découvrent petit à petit les plaisirs du voyage.

Il faut dire que la révolution culturelle a fait des ravages : en 1965, Mao, dont le pouvoir se fragilise, s’appuie sur la jeunesse prolétarienne du pays pour créer un climat de haine envers les élites du parti communiste. Il instaure le Petit Livre rouge, extrait de ses discours, pour pousser la population en des scènes d’humiliation envers tout cadre et intellectuels réformateurs. Pour bien marquer sa doctrine, il énonce « quatre vieilleries » dont il faut se débarrasser. C’est ainsi que le patrimoine multimillénaire est saccagé et détruit, les témoignages du passé rasés, les statues scarifiées. D’aucuns disent que la Chine aurait un paysage historique complètement différent si cette « révolution » n’avait pas été un anéantissement. Voilà pourquoi en Chine, les découvertes anciennes se font surtout dans les campagnes.

Bouddha flanc de montagne, personne ne sait comment ils ont pu tailler ça ici il y a 1200 ans...

Mais bon, la ville conserve tout de même son charme et ce fameux quartier musulman offre une alternative aux grands boulevards par ses ruelles pleines de bruit et sa grande mosquée, vieil ensemble établi il y a plus d’un millénaire et ressemblant en tout point à un temple taoïste qui a résisté aux ravages précédemment cités. En tout cas, c’en est bel et bien fini des bulbes…

Quartier musulman

Cette partie de la ville conserve le grouillement d’antan et l’on se doit jouer des épaules pour tenter de se frayer un chemin à travers les marchands et cartomanciens, évitant au pasage de troubler les spectres des sages, soldats et mandarins dont on ne doute qu’ils puissent encore hanter les lieux. Un véritable havre de vie préservée dans l’océan de la modernité qui n’épargne plus la Chine.

Ceci est une mosquée (eh oui !)

Et ça c'est un minaret !

En soixante-quatorze, des paysans ont creusé un puit à 25 kilomètres de là, sans se douter qu’ils allaient faire l’une des plus grandes découvertes archéologiques de l’Histoire. Il y a deux millénaires, l’empereur Qin Shi Huang unifia la Chine. Mais les breuvages de mercure censés lui donner la vie éternelle entamèrent sa santé à grande vitesse. Si bien que sa peur constante de la mort et de la perte de sa puissance terrestre, le conduisirent à former une armée d’invasion destinée à le faire régner sur le monde des morts (rien que ça !), une fois remportée la bataille contre les esprits vengeurs. Cette armée est maintenant connue sous le nom d’armée de terre cuite. Si l’idée fait sourire, sa réalité impose la contemplation : 7000 hommes, chevaux et chars en formation de combat. Arbalétriers, archers, lanciers, tout y est, du simple soldat du rang à l’officier chacun est là et tient son rôle depuis près de deux-mille ans. Les visages marquent leur différence, les distinctions ne viennent pas seulement de la coiffe, de la coiffure ou de la barbe, mais aussi du regard, de l’expression ou du sourire. Aucun ne ressemble à son voisin, mais tous regardent ensemble vers un ennemi invisible, prêts à en découdre. Inutile de dire la forte impression que fait cette foule immobile, dorénavant abritée d’un hangar comme dernière caserne.

Une fraction de l'armée posthume de l'empereur

Ne me reste plus qu’à tracer mon chemin vers l’océan…!

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Xinjiang : dans le western chinois

 Enfin j’ai réussi à trouver un cyber-café remplit de dizaines de geeks bridés et imberbes pour poster ce vieil article qui trainait sur mon pc, c’est un peu en vrac vu mon gros manque de sommeil lors de la rédaction et mais je me rattraperais !

23 août

Kashgar, carrefour de la Route de la Soie

Comme promis, j’ai dernièrement fait un  »petit » saut de 1800 km à Kashgar, aux confins de la Chine de l’Ouest, près de la frontière kirghiz. Un fastidieux trajet dans une plaine désertique fichée de milliers d’éoliennes à perte de vu et entourée de montagnes pour le reste, mais qui fort heureusement en valait la peine. C’est donc après 24h d’un bus sleeper aux couchettes taillées pour les Chinois (et ça n’est pas grand, un Chinois), et après de multiples check-points, que j’ai débarqué dans l’étonnante ville, point de jonction des Routes de la Soie septentrionales et méridionales, à grande majorité ouïghoure. Je redécouvre avec grand plaisir de vraies auberges, potaches et puant le voyageur qui m’avaient bien manquées en Asie Centrale. Me voilà donc installé dans une vieille maison traditionnelle remplie de baroudeurs de tous poils, en plein centre de la vieille ville, et ce pour 3€ la nuit. Cela me fait d’autant plus plaisir que l’Asie Centrale m’avait laissé un sentiment d’isolement qui commençait franchement à peser.

A l'auberge avec un groupe d'Australiens super sympas

En dehors des quartiers les plus anciens, la ville n’est pas vraiment de charme, mais possède une identité propre de même nature que celles de ces villes musulmanes poussiéreuses que j’ai pu rencontrer le long de ma route. Le premier choc provient de tous ces caractères chinois qui font complètement tache dans les décors des bazars et des mosquées, de même que ces Hans qui ne semblent clairement pas à leur place au milieu des voiles et des mosquées.

Les Chinois et la gymnastique : toute une histoire d'amour...

En ce qui concerne les attentats récents, la ville est clairement sous tension, même on ne se sent pas particulièrement en danger au sein de cette population qui ne révèle surtout que curiosité et gentillesse. On préfèrera dire que c’est la réalité de la présence massive de forces de sécurité qui fait que l’on se rend compte de la situation actuelle : les grands lieux de rassemblement potentiels, tel que la grande place du peuple, sont interdits aux piétons. Ceux-là ne sont pas vide pour autant, loin de là : c’est recouvertes de camions de transports de troupes, VTB et autres véhicules blindés équipés de canons à eaux qu’elle se vit désormais. Les impressionnantes plaques d’aciers montées à l’avant pour repousser les foules confirment d’ailleurs toute cette préparation en vue d’éventuelles émeutes.

Mao en version 20 mètres de haut apporte la bonne parole sur la "place du peuple"...où paradoxalement ne se trouvent que des militaires...

Plusieurs postes entourent de leurs sacs de sable des petits groupes de militaires fusil à pompe en bandoulière, accompagné de simili-CRS, bouclier antiémeute dans une main et gourdin de bois peints en vert dans l’autre. Bon au final tout ce petit monde n’a rien eu à faire durant mon séjour et passait plus de temps à se goinfrer de bol de nouilles qu’autre chose… Pour tuer le temps j’en ai même vu jouer les guerriers en escrimant avec leurs baguettes à la fin du repas (pourquoi pas)… En fin de compte ce n’est pas demain la veille que les Ouïghours vont réussir leur révolte avec une telle présence militaire.

Jeunes Ouïghours

Au final, tout l’intérêt de la ville se porte sur les ruelles historiques formées de belles façades aux moulures finement travaillées ainsi qu’à l’énorme quartier commerçant qui forme un bazar tel que je ne m’attendais pas à en voir ici. Le plaisir de se perdre dans les plus étroits corridors vides de touristes est toujours un moment particulièrement plaisant et certainement le meilleur moyen de profiter de la vie de quartier. À peine pénétré dans le dédale historique, je suis suivi par des dizaines de marmots tout heureux et hauts comme trois tofus, qui ne me lâcheront plus. C’est au son de leur « helyyyo ! » que je parviens à  certains des endroits les plus révélateurs de la politique pékinoise en ce qui concerne la culture ouïghoure.

Dans la vieille ville Kashgari

Il faut savoir que le gouvernement n’arrête pas de communiquer sur son grand désir de respect de la Chine multiculturelle et fait ainsi tout un ramdam pour montrer son « profond attachement » à la communauté « chinoise » des Ouïghours. Alors forcément on ne tarde pas à apercevoir que les panneaux sont écrits en bilingue arabe et mandarin, et que les officiels de l’Est serrent des mains musulmanes à n’en plus finir sur les grands panneaux d’affichage; mais comme toujours depuis l’Iran, il faudrait vraiment ne pas être attaché à son esprit critique de voyageur  pour ne pas chercher le gros point noir de l’histoire. Et une fois n’est pas coutume, ce n’est ni internet, ni un livre qui le révèle, mais ma propre observation : des pâtés entiers de maisons traditionnelles sont réduits à l’état de ruines. Je grimpe sur une des collines formées par les débris où affleurent des pans entiers de murs et de balcons, et le spectacle est désolant : si une bombe était tombée sur ces habitations séculaires, le spectacle en eut était identique. Personne ne pourra se douter de la beauté magnifiée de ces restes de peintures murales bleues sur fond blanc, poutres harmonieusement sculptées, et vaisselles de terre brisées sans les avoir vus de ses propres yeux dans le tableau des décombres.

Scène de la destruction culturelle éhontée de la vieille ville

Un panneau en chinois m’interpelle. À l’aide de mon dictionnaire, je tente de le traduire, j’ai cru comprendre qu’il annonçait les travaux de « rénovation » du quartier. On n’aura jamais mieux rénové qu’en détruisant, en effet. Un nouveau morceau de la culture local s’est fait enfouir sous les décombres avec sa fierté, ses traditions ; et d’aucuns disent que je fais bien de visiter Kashgar maintenant, car son visage risque bien d’être tout autre à l’issu du projet quinquennal pour la ville. Le tourisme reste le seul vrai rempart à tant de dénis, par l’argent qu’il rapporte bien sûr…

Toute l'hypocrisie de la politique de Pékin envers cette minorité est résumée dans ce panneau très révélateur (cliquer pour agrandir)

Heureusement, des lieux tels que le bazar sont tout simplement intouchables, car la population qui le fréquente est d’une densité que je n’ai jamais vue jusqu’alors depuis Istanbul et celui-ci donne un supplément d’âme incontournable à la ville. Cet endroit était tout simplement déconseillé aux touristes lors de mon passage par « sécurité », et j’ai dû prendre l’une des nombreuses autres entrées alors qu’un soldat un peu zélé m’en refusait la principale, décidément les Ouïghours sont encore plus bridés que les chinois (bon c’est vrai, ça n’est pas ma meilleure celle-là…!).

Les scorpions vivant s'achetent a la livre dans le bazar

Mais qu’aurais-je risqué ? Ce peuple, à l’égard de bien des musulmans sont adorables envers les étrangers et connaissent la nécessité du tourisme pour la survie et la reconnaissance de leur communauté. C’est donc au son des « Allah Akbar ! », pourtant interdit dans les lieux publics, que je me mis à parcourir les allées qui, une fois de plus, me faisaient plus sentir au Turkestan (leur territoire historique) qu’en Chine. Femmes voilées et hommes aux couvre-chefs carrés remplissaient les rues ; les odeurs et les couleurs étant encore étonnement commun à ce qui fais qu’un bazar est un bazar, à l’exception des bacs remplis de scorpions et autres scarabées vivants, destinés à faire de brochettes au barbecue, et que je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de tester.

Kashgar habrite l'un des bazars les plus animes qu'il m'ait ete donne de voir

Vieil Ouïhgour en plein marche

Cette fréquentation est encore plus exacerbée en fin d’après-midi, période de ramadan oblige. Pour rappel, il est interdit de boire, de manger et de fumer – et même de cracher ce qui est difficile ici pour les locaux ! – durant ce neuvième mois islamique, et ce du lever au coucher du soleil. Cela provoque une cohue en fin de journée lorsqu’il s’agit de préparer le repas de la nuit à venir et rend les rues très animées une fois que l’obscurité a pris possession de la cité. Les petits commerces de brochettes et autres débits de lait fermentés expriment alors tout leur potentiel. J’ai eu même eu l’honneur de goûter du bout des lèvres une tête de mouton bouillie (veinard que je suis !). Et c’est aussi délicieux que ça en a l’air… La tête flotte durant des heures dans un bouillon et ne reste qu’à la racler de ses dents jusqu’au crâne. J’étais prêt à tester du nouveau, mais je me suis contenté d’une joue – très tendre -, refusant obstinément la partie noble que le cuistot tenait à m’offrir : un œil qui me regardait plein de reproche !

Repas de ramadan

De la nourriture est distribuee aux pauvre pour le ramadan, l'aumone est l'un des cinq piliers de l'Islam

Il faut dire que ma visite du matin même au marché aux bestiaux m’avait quelque peu refroidie. Un jeune musulman ouïghour y était initié au sacrifice d’une brebis, ce qui selon le Coran, doit éviter un maximum la souffrance de l’animal. Bah on peut dire que c’était râpé… Après l’avoir couché sur le flanc, l’adolescent se met à sortir un poignard courbé typique du coin et à la bloquer à l’aide de ses genoux. S’ensuit la mise à mort par section de la carotide : un coup de lame net au niveau de la gorge qui suppose une exécution rapide. Un flot de sang jaillit alors du cou et l’animal tente de se débattre en vain, refusant obstinément de bien vouloir passer la patte à gauche, les yeux complètement convulsés et la bave aux lèvres. Après une minute, comme celui-ci tenait décidément trop à la vie, l’ouïghour, ce gros barbare, lui prend alors la tête à deux mains et se met à la tordre dans tous les sens de manière à lui briser la nuque. Encore raté. En bref (si je puis dire), il aura fallu cinq bonnes minutes au sympathique animal pour monter au paradis des moutons… Et bien que je tienne à mon côté carnivore j’ai eu bien de la peine à apprécier le met le soir même.

Adieu Dolly

J’ai tiré de tout ça un enseignement global encore une fois très intéressant. En effet je me suis rendu compte qu’il m’a fallu aller jusqu’au Xinjiang pour découvrir une lutte et une culture dont on n’a aucune connaissance en France, malgré sa grande similitude avec l’étouffement de l’identité tibétaine. Grosso modo, pourtant, l’(H)histoire est du pareil au même : « libération » d’un territoire habité, colonisation en masse, destruction culturelle durant des décennies, et pseudoreconnaissance par le statut de territoire autonome. Le fait est que le bouddhisme pratiqué par les Tibétains, par son caractère pacifique et spirituel, par l’image de religion paisible et discrète, et surtout par son Dalaï-Lama si pacifique et populaire, a toujours attiré plus efficacement l’attention des médias et la sympathie des occidentaux.

Je pense sincèrement que l’islamisme et l’absence de hiérarchie, donc de vrai « chef » charismatique, qui en découle, en a fait une lutte séparatiste musulmane parmi d’autre. Exactement comme celles que l’on retrouve en Asie du Sud-Est ou en Afrique, et dont personne ne prend connaissance dès lors que celle-ci n’apparait ni dans les journaux, ni à la télé.

Forcement, ca calme !

Les Ouïghours sont aussi isolés que les Tibétains, et sont comme eux un peuple à part entière qui lutte contre les mêmes démons. L’un ne devrait pas occulter l’autre dans nos esprits et surtout dans celui des journalistes. Mais bon, un paisible bouddhiste est plus vendeur qu’un « espèce d’islamiste » qui fait peur.

C’est donc après un séjour que j’ai vraiment beaucoup aimé dans l’ouest du Xinjiang, que me voilà dans la queue de la gare pour prendre un train pour Turpan près d’Ürümqi, grande cité de la Route de la Soie (oui je me répète, mais il y en a beaucoup !).

Sauf que cette queue est à la démesure de la Chine et qu’il me faut près de trois heures pour réussir à atteindre le guichet où j’achète mon billet, et en chinois s’il vous plait ! Même si je ne comprends rien à la réponse… Avec cracher dans les poubelles et ne pas jeter tout par terre, faire la queue est une de ces règles de civilité que le gouvernement chinois tente de faire assimiler depuis les Jeux olympiques de 2008, et ça se voit. Habitués à faire un tas où il faut jouer des coudes, nombreux sont ceux qui ne peuvent s’empêcher de doubler sans se poser de questions. Ceci, doublé à l’attente, créé de nombreuses tensions et j’ai pu assister à deux bastonnades musclées au sein même de la gare, les responsables e la sécurité, brassard rouge à l’épaule, n’étant pas vraiment pressé de s’impliquer…

Le touriste chinois est un etre tout simplement mythiques !

La ville de Turpan n’a malheureusement plus trop d’intérêt, mais est entourée de multiples villes antiques très bien conservées par la chaleur : le tout est situé dans une cuvette à 125 mètres au-dessous du niveau de la mer, et est la deuxième zone la plus chaude du monde après celle que j’ai pu tester en Iran ! Ça me fait d’ailleurs penser à un fait qui tient du surnaturel : je n’ai pas mis une once de crème solaire sur ma peau fragile de blondinet depuis le début du voyage et malgré des semaines sous plus de 40°C, et pas un coup de soleil, bref on s’en fout…

Je rencontre un personnage assez singulier avec qui je partage ma chambre : Doudou, puisqu’il ne veut être appelé que comme ça, qui est tout simplement le premier français que je rencontre à voyager seul, en effet je n’ai rencontré jusqu’ici que des Françaises en solo ! Doudou, je disais donc, est un cinquantenaire très cultivé à la barbe de Mathusalem qui vit avec 200 euros par mois durant un an en France avant de partir deux ans ensuite. Il a du faire presque tous les pays du monde le Doudou… On discute pendant des heures mais il faudrait un article à part entière pour expliqué tout ce qu’il a vu et fait, un de ces personnage singulier et marquant qui restera associé à la mémoire de mon périple…

L'ami Doudou, avec lequel j'ai beaucoup discute

Déjà c’est déjà la fin du Xinjiang, j’aurais aimé y passer plus de temps, mais je ne doutais pas de la richesse de cette immense étendue et je ne voudrais tronquer la Chine « chinoise » et Pékin est encore loin, à l’autre bout en fait ! Je suis alors de retour à Ürümqi pour faire un nouveau grand saut vers Lanzhou, en plein centre de la Chine dans une province adjacente au Xinjiang, le Gansu. Retour dans une gare chinoise sans trop d’espoir : c’est les vacances et tout est blindé. Quatre heures de queue et une nouvelle baston plus tard, la guichetière m’annonce un strident « mei you » qui signifie tout simplement que si je ne veux ne pas m’éterniser dans le coin va falloir trouver un autre moyen. Ce sera donc le bus… Nouvelle attente pour décrocher l’une des dernières places in extremis en « assis dur », c’est donc reparti pour 24 heures, mais bon à 4 euros les 2000km de trajet je ne vais pas râler…

Forcément, à ma grande habitude, mon voisin se trouve être un obèse (chinois celui-ci), le genre qui ronfle éveillé et qui suis la sale habitude du coin de relever son tee-shirt au-dessus du nombril. Un spectacle pire que la brebis égorgée : une vie de bière et de porc sauté dans ce ventre, et un nombril si enfoncé qu’il semble réservé aux spéléologues les plus aguerris. Le bus est en mode super-charter : j’ai les genoux enfoncés de 10cm dans le siège du voisin de devant, pas moyen de s’avancer pour être légèrement couché sur le dossier complètement vertical. La nuit se révèle bien évidemment horrible, ça se racle la gorge dans tous les sens avant de cracher par la fenêtre, et ça pu la cigarette (autorisée à bord), mon charmant comparse humidifiant au passage l’atmosphère de ses grosses gouttes de sueur. Je suis coincé dans un aquarium en putréfaction.

Des éoliennes à perte de vue sur des dizaines de kilomètres

D’ailleurs les Chinois se sont toujours révélés très gentils, mais la différence culturelle les rend impolis aux premiers abords pour l’occidental que je suis. Dis comme ça, cela semble un peu naïf, mais c’est plus compliqué qu’il n’y parait.  Par exemple, dans ma première auberge, il y avait un chinois qui c(h)antonnais à deux heures du matin, ce dont les autres se foutaient royalement. Et moi pendant ce temps, complètement agacé, je faisais des « mmh mmh » de plus en plus fort pour lui faire comprendre gentiment qu’il m’empêchait de trouver le sommeil. N’en pouvant plus au bout d’une demi-heure, je suis directement allé le voir pour lui dire que j’aurais aimé dormir. Il s’est alors immédiatement arrêté, relevé sur son lit, et à joint les mains devant lui en se balançant d’avant en arrière en des « sorry » incessants. Cette situation l’a mis dos au mur : il venait de comprendre que cela faisait longtemps que je n’en pouvais plus et il en était mort de honte le pauvre. Je lui avais fait perdre la face malgré moi à avoir laissé trainer la situation, un peu gênant j’avoue, il voulait même me payer ma nuit !

Alors voilà pourquoi dans le bus, il m’a fallu me faire aux deux gus qui discutaient à pleine voix au cœur de la nuit, n’ayant pas moyen d’enjamber mon gros qui s’écrasait lourdement sur son siège. C’est après une nuit de somnolence insupportable que je me suis « réveillé », plein d’entrain : on allait enfin arriver à bon port ! J’attends encore et encore, me préparant à ma délivrance prochaine avec – n’ayant encore plus rien à lire – l’espoir qui s’immisce au désœuvré vissé sur un siège qu’il connait par cœur. L’attente se fait un peu longue quand même, je questionne un passager qui baragouine des brides d’anglais et celui-ci, après avoir inspecté mon ticket, m’annonce que la guichetière s’est trompée : il reste encore 18 heures et une nuit de trajet. Rien de plus démotivant…

À peine arrivée je fonce à l’adresse la moins chère indiquée par le Lonely afin de m’apprêter à dormir comme jamais. Pas d’auberge, dommage, mais un pseudo hôtel aux mûrs décrépis et aux chambres sans fenêtre comme j’en ai déjà croisé, mais tant que le lit est bon… Je me balade dans les couloirs à la recherche des douches et ne sachant pas trouver mon bonheur, je décide d’emprunter  le corridor tout au bout, baigné dans une lumière tamisée. Ça doit être le spa indiqué dans le guide, je suppose. Je longe alors une succession de portes dont certaines sont ouvertes et j’avoue que les salles de massages auxquelles je m’attendais me parurent vite bizarres : lumière au néon rouge, lit deux place et télé… Je me disais bien que les quelques femmes croisées depuis mon entrée étaient bien fraichement vêtues.

C’est bien ma veine, pour une fois que je cherchais juste un endroit tranquille pour la nuit il fallait que ma chambre soit attenante à un bordel clandestin…  Je comprends mieux la mention « coup de cœur » attribuée dans mon Lonely Planet, le pisteur a du bien apprécier sa séance de massage. Je ne vous raconte pas la nuit, l’insonorisation n’étant pas le fort de l’établissement…

Je n’ai jamais accumulé autant de fatigue que cette fois-ci, j’aspire juste a  une bonne journée de repos…

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Petites-nouvelles

Bonjour à tous, loin de moi l’idée de vous lasser démuni, mais je suis pour le moment en pleine campagne dans l’annexe d’un monastère tibétain (mais c’est une autre histoire) et je ne peux pas pour le moment mettre de photos vu la connexion galérienne à ma portée… Et un article de voyage sans photos ça n’est pas un article !

De plus, comme je ne m’y attendais pas, il y a 250 visiteurs par semaine sur le blog et je dois donc trouver un bon réseau pour faire une mise à niveau !

Ça devrait être bon d’ici deux/trois jours ou moins si j’ai de la chance !

Merci de votre suivi et à bientôt !

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Passage du Kazakhstan – Arrivée et émeutes au Xinjiang

5 août

Hier, en fin d’après-midi, je suis arrivé à la gare pour prendre ce fameux train chargé de me faire une fois de plus changer de pays. Le voilà déjà qui arrive au loin et qui annonce l’ambiance du voyage : peinture bleue écaillée, serviettes qui pendent par les fenêtres et grincements suraigus, ça s’annonce fameux ! Celui-ci provient de Boukhara et est donc déjà chargé de la majorité de ses voyageurs. Je rentre dans mon wagon de seconde classe, celle-ci étant déconseillée aux voyageurs étrangers, et je peux dire que la vision qui s’offrait à moi une fois montée était…pittoresque ! C’est sûr que ça change du TGV, même le Trans-Asya qui m’a amené à Téhéran me paraissait luxueux à côté ! Ici aucun compartiment, tout le wagon est totalement ouvert sur le couloir où courent des enfants tous nus que je dois autant éviter que les mamas qui tendent leur linge au-dessus des couchettes. Je manque d’ailleurs de marcher dans la bassine d’eau sale en tentant de me frayer un chemin à travers l’étroit couloir dans lequel je dois faire attention à ne pas écorcher les pieds qui dépassent avec mon gros sac sur le dos.

L'intérieur de ce train est juste un énorme champs de bataille

J’atteins finalement mon « lit » : planche de 80 centimètres de large qui longe le couloir. Bien sûr il ne faut pas espérer une barre qui empêcherait une chute de nuit. D’ailleurs ça serait ballot, je risquerais d’aplatir la petite vieille qui a pris ses quartiers juste au pied de chez moi… Il n’y a presque pas d’homme, que des femmes et des petits Kazakhs ou Ouzbeks qui escaladent le moindre recoin de la cabine. Personne ne comprend trop ce que je fais ici, et encore moins pourquoi tout seul. Je copine tout de même vite avec les familles voisines qui déjà engueulent le contrôleur quand celui-ci tente de me demander de l’argent sans aucune raison. Forcément, pas un mot d’anglais dans la bouche de mes nombreux collocataires, mais les enfants se passent de conversation et s’accrochent à mes pieds dès que j’ai le malheur de les poser par terre. La nuit va être longue et moi qui voulais de l’authenticité me voilà servi !

Les voisins

Les vibrations extrêmes ne laissent pas de doute : le train se met en branle et arrive à la tombée de la nuit à la frontière. C’est assez long et fastidieux, des policiers et militaires ouzbeks inspecte le wagon à l’aide de chien (des tonnes d’héroïnes en provenance d’Afghanistan transitent par l’Asie Centrale), posent plein de questions et finissent par repartir.

Traversée des steppes kazakhs

C’est à peu près la même chose côté Kazakh, ça traine en longueur et les officiels sont toujours un peu suspicieux quant à ma présence dans le wagon. On hurle plusieurs fois mon nom toutes les dix minutes pour répondre à de nouvelles questions dans le local du chef de cabine, les policiers ayant du mal à se déplacer dans les couloirs sans faire tomber leur chapeau à l’énorme diamètre tout soviétique. Ils deviennent au fur et à mesure de plus en plus sympas (la bouteille sur la table ?), et finissent même par me faire assoir parmi eux pendant qu’ils tamponnent une pile de passeports. On me cale une cigarette au bord des lèvres, on me sert une rasade de vodka et me voilà nouveau compagnon d’une troupe de douaniers rincés et devenus complètements hilares ! C’est tout simplement unique… ! Je leur pardonne intérieurement tous leurs retards, compréhensifs (« ah vous buviez ? Il fallait le dire ! »).

Au moins ça aide à dormir, parce qu’entre les bébés qui pleurent et les vieillards qui hydratent consciencieusement la steppe en crachant par la fenêtre dans des éructations dantesques, cela devenait nécessaire ! Une ambiance je vous dis… !

Les copains

Nous arrivons le lendemain en début de soirée dans la très russifiée Almaty et après une vaine recherche d’auberge je finis dans un hôtel aux allures de hlm, très bien situé cependant. La région étant très belle je comptais m’y faire une grosse semaine, seulement me voilà encore confronté à un souci de billets… Il y a un train par semaine pour se rendre à Ürümqi et j’ai le choix entre payer un ticket hors de prix et rester un peu ou en avoir un près de trois fois moins cher en partant ce lundi, ce que j’ai choisi au final. C’est bête, mais bon j’aurais de quoi faire en Chine !

Patinoire en plein centre commercial à Almaty

Me voilà donc un peu coincé comme à Tachkent, je ne reste pas suffisamment longtemps pour faire une excursion et j’ai tout de même quatre jours pleins, heureusement la ville à l’air « désoviétisée » et par conséquent plutôt agréable à vivre !

 

7 août

Veille du départ pour la Chine et de deux nouvelles nuits de train. Almaty était en effet très facile à vivre. Celle-ci est entourée de montagnes enneigées tout en étant couverte d’arbre, un ensemble très reposant où se mêlent quelques mosquées accompagnées d’églises à la moscovite. C’est assez marrant de constater que les architectures se rejoignent légèrement : des bulbes dorés et des couleurs vives.

Très Russe cathédrale Saint-Nicolas

On ne fait pas que prier dans les mosquées

En tout cas je ne sais pas si je les fais fuir, mais décidément ce n’est pas chose facile d’initier une vraie relation avec les centrasiatiques ! Au début ceux-ci sont très gentils et avenants, cependant dès qu’il s’agit d’approfondir…ça bloque !

Heureusement j’ai tout de même pu passer de bons moments avec Dmitri, un jeune Kazakh directeur d’agence de voyage que j’ai rencontré en achetant mon billet de train sous les faucilles et marteaux de la gare Centrale. Avec sa gueule d’Allemand, il m’a immédiatement étonné, en fait ce dernier a une histoire familiale assez particulière et pourtant pas inhabituelle ici. Dans un très bon français, il m’explique que son grand-père en était effectivement un (d’allemand !), et que celui-ci travaillait en Russie où il a épousé une juive.

Vu de la vallée d'Almaty du haut du téléphérique

Seulement un intellectuel germanique avec une hébraïque, ça n’est pas bien passé quand Hitler brisa le pacte avec l’Union Soviétique et que l’URSS rentra en guerre contre les nazis. Ils ont donc ainsi subi le sort de nombreux de ceux qui n’étaient pas dignes de confiance aux yeux de Staline : l’exil. Un bon prétexte pour la russification forcée des républiques soviétiques d’Asie Centrale dont ils ont eu à assumer les nécessités. Mon bonhomme est donc désormais citoyen d’Almaty, marié à une Ouzbek. Il fait partie de ce grand mélange que l’on rencontre de descendants des nomades et de descendants de Russes, un peu moins nombreux et généralement nantis. Sans compter beaucoup de touristes moscovites pour qui cette région est devenue une grande station balnéaire.

Grande mosquée

À part ça rien de spécial, il me tarde d’avoir des activités plus conséquentes que les musées, visites et livres que je dois acheter avec une page de français et traduite en russe sur celle qui lui fait face…

 

8 août

Je l’ai finalement bien mérité ce train qu’il me tardait vraiment de prendre. Un train chinois, très bien tenu, aux couleurs similaires à celui qui m’amena à Téhéran. J’y rencontre Zhang, mon unique voisin de compartiment et qui se trouve avoir exactement mon âge à un mois près, le souci c’est qu’il ne parle que mandarin.

Zhang

Bon je m’engage alors doucement sur mes bases de la langue de Lao Tsé, ce qui a plus l’air de le faire sourire qu’autre chose… Il n’y a pas grand monde dans le wagon alors j’épuise rapidement ma conversation qui dérive tout aussi prestement sur des mimes, mon vocabulaire étant bien trop limité. Mon compagnon sort alors de son sac des canettes de bière et nous parvenons de nouveau à nous faire comprendre avant une bonne nuit de sommeil sans aucun souci avant d’entamer une après-midi de jeune, accompagné de seulement quelques biscuits gracieusement offerts ainsi que de graines de tournesol que tout le monde picore ici comme des perruches. La frontière pointe son nez et une tripotée de militaires kazakhs fouillent les compartiments de fond en comble. Et il se trouve qu’il me manque un tampon sur mon visa…

Le Almaty-Ürümqi

Petite explication des très chiantes procédures de ce pays où encore une fois ne s’expriment que zèle et suspicion concernant le voyageur en solo. Il faut ici s’enregistrer dans les cinq jours suivants l’arrivée dans le pays. Une procédure complètement inutile et ridicule étant donné que le visa a été émis depuis un moment et qu’un tampon d’entrée de territoire y a été dûment appliqué. Mais non, les autorités veulent confirmation, au cas où les trois douaniers qui ont successivement contrôlé mon passeport à l’entrée auraient été constitués d’un crétin, d’un hydrocéphale et d’un myope. Non pas que ce trio soit inconstituable (bien que peu probable), mais quand en plus les bureaux de l’immigration d’Almaty, la plus grande ville du pays qui plus est, ne sont ouverts que trois jours par semaine durant quatre heure bondées, c’est vraiment la dernière paille qui casse le dos du chameau comme ils diraient ici. Y ayant passé ma matinée du lundi, j’ai finalement pu m’entendre dire que comme mon train partait le soir même, donc avant les cinq fameux jours, je n’aurais pas de problème, étant sur la voie du départ une fois monté. Et ce même si le train n’avait pas atteint la frontière à la date limite. De toute façon, le fonctionnaire me racontait qu’il n’avait pas le temps, et tout, et tout…

Seulement voilà, qui est-ce qui refuse la sortie sans ce tampon d’enregistrement ? Les douaniers ! Et me voilà conduit au poste de la gare où l’on me faire des relevés d’emprunte des dix doigts et des paumes, avant de me mettre tirer le portrait de face et de profil devant une échelle graduée. Et de terminer dans une pièce lugubre au possible avec un flic et une vitre sans teint. J’imaginais sans peine les fonctionnaires trop contents de pouvoir sortir de leur quotidien dans cette ville frontière vide au possible en train de boire leur vodka et de regarder le spectacle… J’en suis sorti avec 100 dollars à payer pour un foutu tampon dont on m’avait affirmé l’inutilité me concernant. Pour couronner le tout, j’ai dû tomber sur le seul policier non corrompu d’Asie Centrale, ce prix étant le prix officiel de « l’amende » pour le tampon, que je sais obtenu pour une cinquantaine de dollars  par certains, « de poche à poche »…

Bon heureusement le train reste sur place durant des heures, le temps de changer les bogies, et s’ensuit un contrôle chinois, douaniers verts pomme aux gants blancs eux aussi très méfiants : le Xinjiang par lequel je rentre est, au même titre que le Tibet, une de ces « régions autonomes » de la Chine « libérée » durant expansion territoriale il y a de cela un siècle. La libération c’est bien, mais encore eut-il fallu que le peuple ouïghour présent la désirât et compris de quel mal… A suivi la très efficace méthode du gouvernement de la République Populaire pour étouffer les foules qui grondent : la colonisation. Des centaines et des centaines de milliers de Hans, l’ethnie chinoise par excellence représentant 90% de la population, ont ainsi été diluer la population ouïghoure, et ce aujourd’hui encore. Un Tibet bis bien moins connu. Toujours utile que si je devais demander un visa aujourd’hui pour rentrer par les territoires de l’ouest, celui-ci me serait refusé. Les touristes ne doivent pas tout voir, car la situation n’est toujours pas figée – comme au Tibet…-. Et nous sommes en pleine période de contestation dans la région.

 

10 août

Je suis bien arrivé à Ürümqi, encore un de ces grands noms de la soie devenu, à coup de milliards, une ville ultramoderne et complètement « hanifiée ». La cité est pourtant plus éloignée que nulle autre au monde de l’océan, mais cet isolement est devenu totalement virtuel depuis les immenses travaux de ces dernières années

Centre-ville très moderne

Je me suis installé dans une auberge très agréable dans le centre. Le contraste avec l’Asie Centrale est saisissant. J’avais jusqu’ici traversé les frontières tout en constatant des changements doux: les faciès évoluaient petit à petit, la culture aussi, et d’Istanbul à Almaty je retrouvais des choses communes avec la façon d’être ou l’architecture du voisin. Les Hans désormais majoritaires dans la région n’ont rien de l’origine de ces terres.

En plein Carrefour à Ürümqi

Ürümqi est de toute façon complètement sinisée et les quelques monuments anciens sont loin de la ville et apparemment pas tous accessibles pour le moment à cause de la situation. Je ne sais pas quand cela va se tasser, mais je pense continuer tranquillement vers l’est bientôt après avoir fait un saut à l’ouest.

Contraste chinois !

Politique mise à part, c’est en tout cas la première fois que je me sens de nouveau à l’aise dans une culture depuis l’Iran et la Turquie. Les gens sont gentils et bien moins stressés (et stressants) que la moyenne de la population d’Asie Centrale. La faute au côté société russe que décidément je trouve très sec et désagréable. En fait j’en ai rencontré pas mal de gens sympas, mais toujours ceux-ci vivaient isolés et de manière plus traditionnelle.

Ürümqi n’a pas vraiment d’intérêt en soi, ce qui ne m’empêche pas de profiter avec plaisir des jardins entre les gratte-ciels où les vieillards, épée à la main, pratiquent une sorte de tai-chi entre deux pagodes. Je sens que la vie chinoise va me plaire (même si j’ai du mal a vraiment me considérer en Chine, surtout dès que je croise un ouïghour dévisagé par un policier en gilet pare-balle).

 

12 août

Petite anecdote de la nuit à l’auberge : toute la chambrée a été réveillée par un coup de canon et des tirs de mitraillettes qui claquaient au loin. Durant environ une demi-heure, ça s’est mis à péter à tout va. Assez impressionnant, et même sans faire de conclusions hâtives, difficile de ne pas faire de lien avec les évènements actuels. Quant à savoir ce qu’il s’est produit  j’en absolument aucune idée.

J’ai eu la chance de pouvoir passer une partie de la journée avec Maria, française rencontrée à l’auberge et qui vit depuis 14 mois en Chine en électron libre, sans date limite, et qui revient de Kashgar. Cette ville de l’ouest que je comptais visiter possède encore une population ouïghoure importante et quelques monuments intacts, mais c’est le centre névralgique des tensions actuelles. Bon en gros, à ce qu’elle me fait comprendre, Route de la Soie ou pas le bazar ici, il est dans la rue.  Des émeutes se sont déclenchées il y a quelques jours et une série d’attentats a rajouté un peu de feu à la fête (trente-cinq morts les dix derniers jours), la ville est actuellement régie par la loi martiale : les militaires ont le pouvoir. À Ürümqi ça reste relativement calme même si on sent la zone sous tension. Pékin profite bien sûr à fond de l’islamisme de cette population pour justifier ses coups d’arrêt, le 11 septembre a vraiment été du pain béni pour le gouvernement : le mot terrorisme est usé à tout bout de champ par le gouvernement pour justifier ses exactions.

Difficile d’approuver ces attentats, mais aucune alternative n’est offerte aux Ouïghours dont on ne peut que comprendre le sentiment d’occupation… En tout cas je ne pensais pas que c’était un tel bordel en arrivant. Mon départ pour Kashgar est normalement pour demain matin ça promet d’être intéressant.

 

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En terre ouzbèke…

3 août

Здравствуйт !

Tout d’abord j’ai enfin pris le temps de mettre des photos sur l’Iran et le Turkménistan donc ça c’est fait.

Sinon je n’ai pas vraiment eu le temps et le désir d’écrire cette semaine alors je vais tenter de rattraper le temps perdu rapidement sans oublier trop de choses. D’abord pour annoncer directement la couleur : mon voyage est surtout basé sur la découverte approfondie de l’Iran et de la Chine. Mon transit de l’Asie Centrale est donc relativement rapide (trois semaines) et j’étais plus parti pour y faire des visites qu’une vraie découverte approfondie, sachant ces pays très empreints d’une culture russe qui ne m’attire pas particulièrement. J’ai tout de même revu mes préjugés et fait des rencontres très sympas malgré moi.

Les incontournables de l’Ouzbékistan (et de la Route de la Soie) sont les mythiques cités de Boukhara et de Samarkand. Tour à tour Perse, puis Macédoniennes (Alexandre a été très, très loin), puis de nouveau Perse et arabe avant de finir rasées par Gengis Khan le Mongol et d’être sublimé par son descendant Timur Lang (Tamerlan) le Tartare. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il s’y en est passé des histoires. À défaut d’inventer le steak, ce dernier larron qui dominait jusqu’à Constantinople et Delhi à la fin du XIVe siècle, a redonné leurs lettres de noblesse à ces villes en en faisant des places mondialement connues de culture, célébrées jusqu’en Occident par des yeux qui n’en avaient pourtant jamais vu les splendeurs. Et malgré tout, ils avaient parfaitement raison !

En plein Boukhara

Mausolé de Tamerlan

J’ai donc logé deux nuits à Boukhara et le moins que l’on puisse dire c’est que la densité de monuments historique est assez énorme…

Le centre est très bien restauré, et l’on retrouve les tons ocre et l’architecture déjà croisés en Iran, héritage perse de cette région de l’Asie. C’est néanmoins un peu complexe à décrire, car à l’instar de Samarkand, la ville est chargée d’édifices nés à des époques différentes de mécènes tout aussi divers, et j’aurais bien vite peur d’être assommant à détailler des histoires dont on ne ferait vite aucun lien sans avoir vu les lieux. C’est tout simplement sublime.

Le millénaire minaret Kalon, plus haut monument d'Asie durant des siècles

Vieux quartiers populaires réputés "dangereux" (mais où tout le monde est charmant)

Fontaine, piscine...

Pour ce qui est de l’ambiance, on se sent clairement au carrefour des civilisations cher à la Route de la Soie, même si les cultures qui se croisent ont un peu variée : les yeux se brident parmi les ruelles et l’on parle de toutes les langues : ouzbek, turc, ouïgour, russe, kazakh et turkmène pour les centraux ; arabe, français, anglais, espagnol, allemand pour ce qui est des touristes et j’en passe… Le tableau « typique » ne fait pas défaut à Boukhara où des tapis persans gigantesques (que j’apprends à apprécier dans leur élément naturel) couvrent certains murs des bazars. Dommage ce foutu rideau de mon appareil m’ait encore lâché à ce moment là…

Scène de ruelle le soir

Quartier pauvre de Samarkand

Samarkand se révèle plus moderne et n’hésite plus à se faire côtoyer récent et ancien. Mais quelles couleurs et légendes abritent ces incroyables monuments ! Du tombeau de 18 mètres du prophète Daniel de l’Ancien Testament (le corps pousserait de 2,5 cm par an, pas très pratique), aux medersas turquoises, bleues et or, il y a de quoi s’en mettre plein la vue et l’esprit. C’est assez indescriptible, mais cela vaut largement mes découvertes turques et iraniennes…

L'intérieur de certains monuments ne sont pas prêt d'être restaurés mais restent très impressionants

J’ai pris un peu de temps pour découvrir les faubourgs populaires de ces grandes villes et qui offrent une vision assez géniale de la vie ouzbek hors du centre, une véritable petite vie de quartier dynamique et bourrée d’enfants qui sont décidément le dénominateur commun de ce monde : qu’importe la nationalité ou la religion, surtout quand naissent d’énormes éclats de rire une fois la photo affichée à l’arrière de mon appareil, et ce d’Istanbul jusqu’à maintenant. Et ça n’est malheureusement pas le cas des adultes et vieillards qui grognent à peine l’objectif braqué sur eux.

Les très photogéniques petits ouzbeks !

La fille du puisatier

Ces petites balades sont l’occasion de fuir les touristes. Ils sont très nombreux à voyager en groupe et les tours opérateurs ne s’aventurent pas plus loin que le périmètre historique. Je ne me retrouve confronté qu’à des locaux inquiets de savoir si je me suis perdu. Les maisons sont toutes agencées autour de grandes cours où la vie familiale s’organise à l’ombre d’arbres fruitiers et l’on m’y invite à maintes reprises pour y boire un thé, quand ce n’est pas une double ou triple vodka.

En tout cas, la tradition venue de Russie concernant la bibine est bien ancrée dans les mœurs : je croise de multiples gens complètement saouls et plus d’un taxi pue l’alcool à plein nez. Comme bien sûr je ne vais pas demander à chaque chauffeur d’ouvrir le bec avant de monter, je me retrouve parfois avec des cas assez mythiques. Genre ce gracieux barbu qu’il m’a été donné de rencontrer avec sa bouteille d’eau minérale en guise de chopine de bière, enfin bon « ça m’aide à conduire » qu’il me dit avec un strabisme tel que je ne savais pas s’il parlait à mon appui-tête ou au pare-brise. Quand je l’ai quitté l’homme avait en tout cas l’air heureux : je pense qu’il a cru être payé double.

Voilà ce qu'on vous donne pour 80$...très pratique...

L’argent n’est en tout cas pas un problème, car il existe, en plus du taux officiel fixé par le gouvernement, un taux bien plus avantageux au marché noir qui permet d’avoir un tiers de soussous en plus avec ses dollars. En gros tout est moins bien moins cher  et il devient plus facile de payer les pots-de-vin ! C’est assez pratique pour visiter les parties interdites au public des monuments. Le Registan par exemple. Un ensemble de medersas fabuleuses qui n’est pas sans rappeler une fois de plus l’Iran et qui constitue un véritable petit bijou architectural pour toute l’Asie Centrale.

En plein Samarkand

Dans une des magifiques medersas du Registan

Une fois son bakchich en main, le policier qui gardait le plus haut des minarets a tout à coup trouvé, comme par miracle, la clé qui permettait de faire sauter le cadenas de l’épaisse porte en acier, qu’il a alors aussitôt refermée derrière moi. Il ne m’avait cependant pas prévenu que je serais dans le noir complet… Il faut alors grimper les marches de l’escalier en colimaçon, si étroit que je devais évoluer de biais, un providentiel briquet trouvé au fond de mon sac éclairant les pierres brunes. Jusqu’à ce rai de lumière qui m’amena à une vue superbe du site.

Une partie du Registan, vu du minaret (tant qu'à faire...!)

Je continuerai un peu en vrac en parlant des B&B pas chers et posés dans lesquels j’ai logé dans ces deux villes, ce sont des petites familles très accueillantes qui s’en occupent et les chambres se situent toutes autour de la fameuse cour. Le truc particulier dans le coin, c’est qu’il est nécessaire de se faire « enregistrer » auprès des autorités, ce qui signifie concrètement que tout touriste de passage dans le pays doit pouvoir justifier où il a passé ses nuits. Ça donne qu’à chaque check-out il faut récupérer un papier dûment tamponné par les hôteliers, et ce même pour les Ouzbeks. Ça permet à la police de taxer chaque tête lorsque du contrôle quotidien du registre, et surtout c’est un moyen d’éviter de laisser dormir un étranger chez l’habitant (dans ce dernier cas, ceux-ci font un faux comme j’ai failli l’expérimenter). Bref du flicage à grande échelle que mon visa de transit m’a permis de ne pas subir au Turkménistan.

J’ai embrayé sur Tachkent, la capitale, encore une fois fortement modelée par les architectes de l’URSS, la couvrant de rues et de parcs immenses, mais très bien reconvertie depuis avec la démolition d’une bonne partie des édifices en béton. Un séisme a tout rasé en 1966 et décimé presque la moitié de la population, plus de vieille ville donc, mais un gros sentiment de fierté et d’appartenance nationale est né de cette catastrophe. C’est de là que je devais prendre mon train pour Almaty, au Kazakhstan, il y a déjà trois jours. La date du départ n’a cessé de changer et voilà presque une semaine que je suis ici. La vie y est agréable et l’auberge est animée, mais rien de très intéressant culturellement parlant, donc voilà, je prends du bon temps et en profite pour lâcher un peu l’appareil photo.

Dans un parc de Tachkent

Finalement, le départ se fera demain pour 25h de train en compagnie des locaux de la seconde classe. Apparemment, ça va être épique vu la tête des gens quand je leur dis que je ne voyage pas en première… Je viens de trouver un page du guide qui déconseille fortement la seconde : « archicomble » et « odorante », le tout dans un sacré bordel… Trop tard ! Mais bon quitte à voyager seul, autant se faire plaisir…!

Les Ouzbeks ont beau être très gentils et proposer à boire à chaque coin de rue, ils n’en restent pas moins difficiles à approcher « vraiment ». La plupart ont en eux le souvenir du régime soviétique et ne préfèrent pas approfondir la relation. Il faut dire qu’une fois encore ça n’est pas la grande marrade niveau gouvernemental… Tout comme ses charmants voisins kazakhs et turkmènes, le président Karimov, ancien secrétaire du parti communiste en Ouzbékistan, a pris le pouvoir lors de la fin de l’URSS et a bien évidemment réussi à se faire réélire continuellement avec des taux record. Ce dernier a profité des attentats du 11 septembre pour faire taire à jamais la plupart de ses opposants, les taxant d’extrémisme islamique, tout en « offrant » des bases arrières aux États-Unis près de la frontière afghane, et ce contre quelque centaines de millions de dollars (j’ai d’ailleurs croisé furtivement deux soldats américains en permission à Navoï, entre Boukhara et Samarkand).

En 2005, le régime massacre à Andijan un bon millier de civils contestataires – des entrepreneurs et leur famille -, la communauté internationale cria au scandale, les Américains s’en sont allés pour affirmer leur mécontentement…avant de revenir ces derniers mois. Tout est oublié (en même temps c’est pratique des bases arrières !).

La vie est certes moins rude qu’au Turkménistan, mais l’on se méfie tout de même. J’ai néanmoins eu la chance de rencontrer Timur qui m’a permis de casser la monotonie un jour ou deux en me faisant découvrir sa vie de jeune tachkenite, des petits moments agréables à discuter en terrasse, mais toujours quasi-impossible de lui faire parler de sa vision de la politique. Décidément, ça n’est pas en Asie Centrale que l’on risque un soulèvement populaire… Les gens vivent leur vie, un peu blasés pour la plupart, et font contraste avec cette jeunesse dorée qui semble dépenser sans compter dans certains bars sélects où Hummer, BMW et Mercedes gardent l’entrée.

Voilà, ça n’est pas trop détaillé et écrit vite fait, mais je n’avais pas le courage de la relecture pour cette fois… Demain donc, départ pour Almaty !

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